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Coopération MEXT et METI au Japon

Coopération METI et MEXT

La politique des clusters est menée dans un système complexe autour d'un trop grand nombre de structures crées par les ministères METI et MEXT qui se livrent d'ailleurs une concurrence acharnée. Le METI, acteur historique de la politique industrielle et technologique au Japon, n'accepte pas que son influence soit remise en question par le MEXT, ministère crée en 2001 et regroupant la recherche et l'éducation. L'ensemble des luttes d'influences et de pouvoirs ont des répercussions sur l'organisation du système des clusters et sur son évolution. Cela se traduit par des incohérences qui nuisent aux objectifs de la coopération et à la recherche, mais aussi qui incitent les clusters à s'autonomiser, à s'émanciper en se dotant de fonds et de moyens propres. Cette tendance libérale est un atout lorsqu'elle émane d'une volonté de l'Etat mais néfaste lorsqu'elle génère un système à deux vitesses.

Revenons tout d'abord sur les formes de la coopération pendant le premier plan cadre. L'important était de créer des passerelles entre la recherche universitaire et les entreprises. Aussi, en 1998, une loi réformant le statut de la propriété intellectuelle permet la création des TLO (technology Licensing Organizations) facilitant le transfert de technologies. N'oublions pas qu'à cette date, la participation de la recherche universitaire à l'innovation est larvaire. En 1996, elle consomme 20% du budget R&D pour 0,04% de brevets. Cette situation s'explique par l'état d'une recherche plus fondamentale qu'appliquée et de nombreux obstacles légaux n'incitant pas les chercheurs à breveter et faire fructifier leurs innovations technologiques. Aujourd'hui, le bilan de cette initiative reste mitigé. La multitude de structures d'état en concurrence sont d'autres freins à l'innovation et aux transferts de technologie.

Beaucoup d'entre elles ont les même activités, « chapotent » le circuit de l'information formelle, interviennent sur des actions transversales sans coordination budgétaire,..... En bref, la confusion des genres est totale !

Le 2ème plan cadre qui débute en 2001 a pour objectif de renforcer la coopération entre les universités et les entreprises par des mesures d'incitation à la création de « jeunes pousses ». Elles sont 14 en 1995 atteignent 127 en 2000 et 179 en 2003 pour un total cumulé de 916 entreprises innovantes en 2004 dans des secteurs phares tels que les TIC (26%) et les sciences du vivant (22%). 70% des créateurs sont issus de l'université et la moitié sont des doctorants.
Cette dynamique a été possible par quelques mesures facilitant la détection des porteurs de projet et leur accompagnement de l'innovation à sa commercialisation Ainsi, les incubateurs crées en 2001 au sein des universités publiques apportent un soutien administratif et comptable aux jeunes créateurs souvent noyés dans la complexité « paperassière ». Des « Venture Business laboratories » ont également été constituées pour encourager et accompagner ces jeunes chercheurs ayant l'esprit d'entreprendre à développer une activité économique à partir de leurs découvertes.

Seulement, ces initiatives sont freinées par le manque d'investissement en capital risque. En 2003, 159 sociétés de capital risque sont recensées dans le pays, toutes disciplines confondues. L'investissement se chiffre alors à 1,3 milliards d'euros. Des sociétés de capital risque comme la soft bank investissement, la Jafco et des grandes entreprises comme Sumitomo, Mitsui et Mitsubishi sont à la tête de ces fonds d'investissements. Or, leur participation financière tend à se limiter au capital d'essaimage (spin off) au détriment de l'amorçage et cela pour au moins deux raisons. La première est relative à l'image de l'université dont la notoriété technologique est bonne mais la gestion et le management jugés inefficients. La deuxième est stratégique par un investissement du capital risque à l'étranger, dont les Etats-Unis constituent la première terre d'accueil. Aussi, 70% des capitaux sont dédiées aux jeunes pousses dans le domaine des sciences du vivant. On retrouve par exemple le groupe Mitsui sur la côte ouest (Burill and Co) et la côte est avec le Cosmos Bio life Sciences Alliance. Donnons quelques chiffres. Le rapport Japon/ Etats-Unis pour le dépôt de brevet est de 1 pour 4 (1700 contre 6500 en 2003), celui des contrats réalisés avec les entreprises de 1 pour 6 (530 contre 3700 aux Etats-Unis. Quant au rapport royalties, il est de 1 pour 2 (550 millions pour 930 millions d'euros). Nous remarquons l'écart qu'il reste à combler !
Or, le phénomène tendrait à s'inverser dans les prochaines années. L'instabilité monétaire du yen par rapport au Dollars réduit les marges financières de ces sociétés. D'autre part, bien que le gouvernement japonais privilégie l'accompagnement au détriment des aides financières directes, sa volonté politique de développer les jeunes pousses innovantes est réelle. Enfin, la poursuite d'une réforme de la gestion de la propriété intellectuelle devrait renforcer la confiance des capitaux « risqueurs » japonais et internationaux.

Pour pallier au manque de soutien financier, les universités japonaises, autonomes depuis 2004, montent leurs propres fonds d'amorçage pour aider au transfert de technologie. Le CASTI (center for advanced science and technology incubation) au sein de l'université de Tokyo en est l'illustration. Néanmoins, le transfert de technologies ne s'accompagne pas d'un transfert équitable de moyens financiers, qui sous la forme de royalties, » récompense » l'innovation. Ainsi, bien que disposant de plus de 500 chercheurs et de 200 partenaires industriels, le TLO de l'université de Kansai présente un déficit budgétaire alors que le CASTI ne doit son solde positif qu'à une diversification de ses activités (le consulting, lui assure les ¾ de ses revenus).

Dans ce contexte, les acteurs locaux développent des synergies sur les territoires pour dynamiser l'innovation technologique et la recherche. Aussi, les préfectures participent au développement des biopôles allant jusqu'à la mise en place de fonds d'investissements associés au tissu industriel et public local. A titre d'exemple, l'Osaka life science en 2001, le Biosight incubation fund en 2003 ou encore le Bio Business Japan. Kobe avec l'association du biopôle de port Island et du Kobe biomedical fund.. D'autres initiatives sont menées via l'appui du METI et par l'intermédiaire de deux structures, les Kohsetsushi (cellules locales) et le JSBC (Japan small business corporation) afin d'apporter conseil et soutien logistique aux TPE et PME.

A l'avenir, l'organisation d'un modèle fondé sur une « comprehensive cooperation agreement » doit faciliter le transfert des connaissances entre la recherche universitaire et l'industrie dans le cadre du 3ème plan couvrant la période 2006-2010. L'accent sera mis sur les ressources humaines et la formation d'un personnel compétent. Tout d'abord, il est nécessaire de retenir les talents qui seraient tentés de s'installer à l'étranger, dans certains pays où les conditions de recherche sont plus favorables. La politique de stock option développée depuis quelques années et le développement « des quartiers généraux internationaux » devrait permettre d'attirer les scientifiques japonais et étrangers prestigieux. 3 points complémentaires, mis en lumière par une étude réalisée par le METI en 2005, sont à développer.
- Le transfert vers l'industrie du savoir existant par la réalisation de programmes de recherches menés à l'université sur des thèmes fixés par des sociétés contractantes.
- Le développement de nouvelles connaissances dans le cadre de recherche collaborative avec des chercheurs du monde industriel sous la forme de partage d'informations, de consultance et de travaux conjoints entre une ou des universités et une ou des entreprises, de recrutement par les entreprises d'étudiants travaillant au sein des laboratoires et des séjours d'études à l'université d'employés industriels.
- La commercialisation du savoir existant par la création des start-up.
Ces mesures doivent aussi constituer les remèdes aux carences du management et de gestion des sociétés innovantes mais soulève une contradiction : le partage de la responsabilité et de la décision pour orienter la recherche.

Les différends entre le METI et le MEXT ne reflètent pas uniquement les jeux de pouvoirs mais intègrent aussi la problématique de l'utilité de la recherche entre ce qui relève de la recherche et de sa valorisation sur le court, moyen et long terme. Dès lors s'oppose une conception de la recherche fondée sur son exploitation commerciale à court terme et la réalité des chercheurs dont l'activité s'inscrit sur le long terme, 10, 15 ou 20 ans. Alors que la fusion entre le MEXT et le METI pourrait être l'une des solutions possibles pour apporter plus de cohérence au système, les clusters devront se doter d'une gouvernance équilibrée pour ne pas sombrer dans une pure marchandisation du fruit de leur réflexion.
# Posté le vendredi 30 mars 2007 09:40

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